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Marta Menghi - "Containers off the tracks. La rétention des vies précaires "

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Séminaire axe 2 "Recompositions migratoires en Méditerranée : mobilités, genre, frontières"
vendredi 19 octobre, 14h-16h, MMSH, salle A 154

Marta Menghi - PhD student DISFOR, Università degli studi di Genova ;
Visiting student LAMES, 2e semestre 2018.

L’intervention vise à jeter un coup d’œil à l’intérieur de deux espaces hétérogènes : d’une part l’espace des structures collectives en conteneurs (M.A.C.) installés en Italie centrale après les séismes de 2016/2017 (Di Treviri, E., 2018) pour l’accueil des sinistrées et, d’autre part, le Campo Roja de Ventimiglia, la structure dite “de transit” active depuis juillet 2016 à la frontière franco-italienne, gérée par la Croix-Rouge italienne. La contribution vise en particulier à restituer les premiers résultats de mon enquête de terrain qui a été réalisée selon une approche méthodologique qualitative. L’étude se concentre sur le rôle des acteurs impliqués dans la gestion des camps (forces de l’ordre, personnel administratif, volontaires...), mais aussi vise à rechercher la voix, les désirs et les trajectoires des hébergés.
Reprenant l’idée d’espace productif (Lefebvre 1974, Soja 1971), l’intervention vise tout d’abord à étudier les effets que les processus de sécurisation, les pratiques de contrôle et les dispositifs disciplinaires produisent dans la dynamique de spatialisation des sujets en déplacement. En effet, la production de la frontière, comprise d’un point de vue conceptuel, cartographique, social et esthétique, fait toujours partie d’un processus d’altération (othering) (Dikeç 2001, Paasi 2005) et de construction de marges symboliques et culturelles, qui reflètent ou défient les relations de pouvoir. Si l’on considère l’espace comme un produit social et non pas simplement un contenant, même le cloisonnement peut être lu non pas en tant que simple question distributive mais comme l’enjeu d’un processus d’organisation qui donne lieu et appartenance mutuelle aux individus.
Deuxièmement, l’objectif est celui de comprendre comment le conteneur, solution d’hébergement conçue pour optimiser pratiques de confinement et de dispersion des personnes déplacées, va redéfinir certains caractères attribués à la gestion de la “forme camp” (Perera 2002, Rahola 2003, Bernardot 2008). La transposition parfois mécanique des arguments d’Agamben dans les discussions critiques sur les politiques migratoires a en effet animé la tendance à lire l’espace du camp et, plus généralement, de la frontière, comme la matérialisation spatiale d’une interprétation spécifique de l’idée d’exception de Schmitt, transformant celle-ci en la catégorie classique sous laquelle s’inscrivent un ensemble de dispositifs hétérogènes dans leur structure et leur extension, qui ont en commun de se positionner en fonction d’une dérogation temporaire aux préceptes constitutionnels (Guareschi, Rahola, 2011). En ce sens, il s’agira de comprendre comment la formation de conditions d’expulsion et d’éviction (evictability) vont caractériser les formes contemporaines de déplacement, et comment elles sont profondément liées dans un noeud entre développement et sécurité (Van Baar, 2017). En dernière analyse, la contribution entend accorder une attention particulière aux mécanismes, aux normes et aux dispositifs de régulation de la vie des personnes hébergées, afin de réfléchir à la mesure dans laquelle la normalisation et l’acceptation sociale de ces mesures peuvent démontrer le succès des effets dépolitisants et vulnérabilisant générés par ces dispositifs. Il s’agit donc de questionner la catégorie morphologique du point de vue de sa productivité tactique (c’est-à-dire par rapport aux pratiques du pouvoir) et de son intégration stratégique (en se demandant ce qui rend l’usage nécessaire) dans l’économie de la gestion des urgences.

Bibliographie
Bernardot, M., "Camps d’étrangers, foyers de travailleurs, centres d’expulsion : les lieux communs de l’immigré décolonisé". Cultures & conflits, L’Harmattan, 2008, pp. 55-79
Di Treviri, E., Sul Fronte del sisma, Derive Approdi, Roma, 2018
Dicek, M., "Justice and spatial imagination", Environment and Planning, 33, 2001
Guareschi, M., Rahola, F., Chi decide ? Critica della ragione eccezionalista, Ombre corte, Roma, 2011
Lefebvre, H., La production de l’espace, Ánthropos, Paris, 1974
Paasi, A, Mapping the backgrounds, context and contents, en Van Hountum, H., Kramsh, O., Zierhofer, W., (a cura di) B/ordering space, Ashgate Publishing Company, Burlington, 2005
Perera, S., A "Line in the Sea : The Tampa, Boat Stories and the Border", Cultural Studies Review 8:1, 2002, pp. 11-27
Rahola, F., Zone definitivamente temporanee, i luoghi dell’umanità in eccesso, Ombre Corte, Verona 2003
Soja, E. W., The Political Organization of Space, Washington, Association of American Geographers, 8, 1971
Van Baar, H., "Contained mobility and the racialization of poverty in Europe : the Roma at the development–security nexus, Social Identities", Journal for the Study of Race, Nation and Culture, 2017
Van Baar, H., "Evictability and the biopolitical bordering of Europe", Antipode 49:1, 2017, pp. 212-230

Agenda

séminaire

  • Vendredi 19 octobre 14:00-16:00 - Marta Menghi

    Marta Menghi - "Containers off the tracks. La rétention des vies précaires "

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