Accueil > Actualités du LAMES

Mériam Cheikh - "Délinquance et cultures juvéniles au Maroc : panique sociale, gestion politique et management policier"

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Mériam Cheikh (post-doctorante à l’Université d’Edimbourg et au Lames)

Un sentiment d’insécurité s’est répandu dans les villes marocaines depuis le début des années 2010. Il se cristallise autour de la figure du tcharmil, une sorte de « voyou » qui transforme la disqualification sociale et sa stigmatisation en une source de fierté en prônant masculinité virile et violence. Les tcharmils autoproclamés ont pris possession de différents médias numériques pour s’afficher et afficher leurs styles vestimentaires, leurs coiffures sophistiquées, leurs comportements délinquant (couteaux longs, butin) et leur non-respect des normes religieuses (consommation d’alcool, rapports sexuels avant le mariage, tatouages). Le phénomène a gagné en visibilité dans la sphère publique à travers des pages Facebook et des vidéos YouTube. Coïncidant avec plusieurs affaires criminelles impliquant des délinquants arborant un style tcharmil, cette exposition numérique a provoqué une panique sociale. Par conséquent, plusieurs pétitions ont été lancées appelant les autorités à réprimer le phénomène, à la suite de quoi des campagnes d’arrestation largement médiatisées ont été menées dans les quartiers populaires à travers le pays.
Nous reviendrons lors de ce séminaire sur l’émergence de cette panique et la réponse répressive qui lui a été réservée et nous les analyserons à contrecourant des approches sécuritaires en interrogeant le phénomène tcharmil en tant que culture juvénile naissante.