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"Ce que la nature fait aux sciences de la communication (et vice versa)"

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Journée d’étude université Paris Diderot, 1 avril 2015


Intervention de Jean Lagane : « Comprendre les catastrophes de Minamata et Fukushima. L’apport de la communication internaturelle et de la médiance »

Présentation de la journée :
Ni l’environnement (pris au sens de l’une des catégories de l’action publique), ni la nature (au sens des milieux biophysiques et des êtres, humains ou non, qui les peuplent), n’ont été constitués comme des thèmes d’intérêt majeurs des sciences de l’information et de la communication. L’environnement ou la nature peinent à s’institutionnaliser dans les sciences anthropo-sociales française : ce phénomène est maintenant bien connu et documenté, et renvoie aux conditions historiques et épistémologiques de constitution des disciplines, qui, sous l’influence de Durkheim et de Saussure, ont assis leur identité et leur légitimité dans un jeu d’opposition avec les sciences du vivant. Aujourd’hui que la nature se rappelle à nous en raison de l’importance des dérèglements d’origine anthropique, et qu’elle fait l’objet d’une mise en politique et en débat via la catégorie de l’environnement, elle suscite un regain d’intérêt pour l’ensemble des thèmes qui lui sont liés : paysages, patrimoines, développement durable, catastrophes, pollutions, changement climatique, biodiversité, risques, etc., sont « construits » - selon le lexique en vigueur – en « problèmes » sociaux ou politiques.
Les sciences de l’information et de la communication, qui ont été instituées dans le contexte d’un constructivisme triomphant, et qui ont longtemps prôné une conceptions langagière et sémiotisante du rapport au monde, peuvent-elles éviter une interrogation critique et réflexive de leur ancrage dans la modernité issue du siècle des lumières, des « grands partages » entre objets et sujets ou entre nature et culture ? La matérialité de la nature, le comportement peu prévisible des articulations entre entités biophysiques, collectifs humains et représentations sociales, ou l’hybridité des objets socio-environnementaux, ne sont-ils pas des défis conceptuels majeurs pour une discipline qui a souvent été tentée par des visions rationalistes et techniciennes du monde ? Symétriquement, l’ancrage de la discipline dans les problématiques de la complexité, son appétit pour les articulations d’échelles d’analyse et sa capacité à mettre en oeuvre et à théoriser la réflexivité, notamment dans le retour sur ses enquêtes, peuvent être de précieux atouts au moment où les divers constructivismes fondateurs des sciences humaines et sociales rencontrent leurs limites.
La question que nous aimerions poser, dans le cadre de cette journée d’étude, est celle de savoir ce que la nature fait à la communication, et symétriquement, celle de savoir ce que notre discipline peut apporter en propre aux problématiques socio-environnementales que n’apporteraient pas forcément les disciplines qui s’y consacrent habituellement.