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Journée d’étude LAMES - IRTS PACA

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Travail social et recherche en sciences sociales : de l’injonction au rapprochement à l’appropriation collective ?
Expériences de croisement entre recherche et travail social dans le domaine de la consommation d’énergie… et ailleurs
- Le 28 mai 2015 à l’IRTS PACA-Corse (20 boulevard des Salyens, 13 008 Marseille) à partir de 8 h 30

Journée d’étude organisée en partenariat entre l’Institut régional du travail social – IRTS PACA et Corse - et le Laboratoire méditerranéen de sociologie – LAMES (Aix-Marseille Université, CNRS, UMR 7305)
avec la participation des revues Le Sociographe et Sciences et action sociales

Cette journée d’étude a pour objectif d’apporter un regard distancié, concret et documenté sur les liens entre travail social et recherche en sciences sociales. La journée s’appuie principalement sur des exemples issus de recherches et d’interventions sociales dans le domaine de la consommation d’énergie des ménages et de la « précarité énergétique », sans exclure lors des sessions d’ateliers des témoignages et des approches issus d’autres champs de recherche.
La journée marque le point de départ de la mise en place d’un espace de réflexion conjoint ou d’espace de rencontres avec la perspective de construire des projets communs entre acteurs de terrain et chercheurs.

Argumentaire
Les sciences sociales prennent régulièrement le travail social pour « terrain de jeu ». Depuis le milieu des années 1980, et pour en rester au cas français, le « retour de la question sociale » a amené les recherches sur ce terrain à se multiplier. En retour, les travailleurs sociaux et les formateurs en travail social puisent dans ce corpus de connaissances, le discutent ou se le réapproprient en cours de formation ou dans la pratique de terrain. L’engagement de travailleurs sociaux dans la recherche et la réflexion sur la pratique a conduit à la création d’un « doctorat » en travail social. La production d’ouvrages autour de la recherche en travail social, plus ou moins autonomisée des « disciplines » depuis longtemps institutionnalisées dans le champ universitaire, est aussi conséquente. Une large réflexion a été engagée lors de la conférence de consensus sur la recherche en/dans/sur le travail social, qui a suscité par ailleurs de nombreux débats autour des articulations entre sciences sociales et travail social, et de l’émergence, controversée, du travail social comme discipline scientifique à part entière. Il n’en reste pas moins qu’en France, malgré l’existence de ces initiatives et de programmes de recherche-action, semble encore persister une certaine défiance entre travailleurs sociaux et universitaires, la relation étant souvent proche d’un utilitarisme explicite, l’un servant l’autre dans son objectif et réciproquement. Le champ du travail social et celui des sciences sociales, tout en s’empruntant mutuellement, cherchent à s’autonomiser l’un vis-à-vis de l’autre. Le premier, par des ambitions de créer sa propre logique de recherche en dépit de réflexions sur les conditions de possibilité d’une recherche en travail social, la seconde en faisant du premier « un terrain » plutôt qu’un partenaire du collectif de la recherche.
Ce constat est problématique. En effet, les conditions d’une réflexivité pratique sur cet usage croisé ne paraissent pas réunies. Comment aider à penser cette question qui fait déjà couler beaucoup d’encre ? Nous proposons de l’examiner à partir d’un cas concret, celui de la consommation d’énergie des ménages. Qu’elle soit traitée sous l’angle des préoccupations environnementales, abordée à partir des nouvelles normativités en matière de consommation (avec les politiques de « maîtrise » de la consommation) ou prise comme facteurs de précarisation des ménages modestes ou intermédiaires (« précarité énergétique »), la consommation domestique d’énergie vient en effet s’inscrire simultanément dans le champ du travail social et dans celui des sciences sociales. Il est alors possible d’examiner comment elle vient à être appropriée par chacune des parties, séparément, mais aussi conjointement, pour en faire quoi et comment. De plus, la demande sociale est forte sur ce thème, alors que celle-ci rend bien souvent difficile la réflexivité pratique. Cette réflexivité pourrait cependant s’avérer fort utile pour penser ce qu’il convient bien d’appeler des inégalités sociales en matière de consommation d’énergie, tant semblent se rejouer au travers de ce thème des épisodes du passé, notamment en matière de consommation alimentaire : encadrement de l’intimité des classes populaires, diffusion d’une morale de la consommation, imposition d’un mode de faire légitimé par des théories « scientifiques », responsabilisation individuelle autour d’un problème collectif mettant en jeux des rapports sociaux inégaux, etc. La réflexivité sur ce thème permettrait au moins de s’économiser les difficultés rencontrées autrefois dans des contextes analogues et de plaquer sur la réalité diffuse et protéiforme de la consommation d’énergie des catégories d’action publique esquissées dans l’urgence du phénomène ou des solutions mal adaptées à l’envergure du phénomène ainsi qu’à son caractère collectif.
Autour de ces enjeux, la journée d’étude se déroule en trois temps. Il s’agit d’abord de mettre en évidence la genèse de ce problème social de l’énergie dans la société française contemporaine, tant du point de vue des travailleurs sociaux que des chercheurs en sciences sociales. En second lieu, l’objectif est d’engager une réflexion sur les liens ou les rapprochements possibles entre travail social et sciences sociales à partir de cas concrets. Enfin, lors des ateliers, les présentations proposent un état des lieux actuel de cette question, avec, là encore, une ouverture à d’autres champs de recherche et d’intervention sociale que celui de l’énergie.

Programme

Informations supplémentaires et contact  : JETSSE2015@gmail.com