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ESA - European Sociological Association / LAMES. "Migrations et citoyenneté en Europe du Sud"

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Rencontres RN27, MMSH, 21-22 mai 2015
- Programme

Liste des interventions et résumés :

Migrations et citoyenneté en Europe du Sud
Le phénomène migratoire international, défini par la mobilité volontaire ou forcée de populations d’un pays à un autre (à la différence de la migration interne), n’est pas nouveau en soi et ne date pas du XXIe siècle. Il s’accompagne d’un imaginaire qui perdure à travers les siècles : entre accueil et rejet, l’étranger n’a cessé de fasciner en même temps qu’il inspire la peur. Hier comme aujourd’hui, il permet de définir en miroir la non appartenance à la Polis. La nouveauté se situe dans la nature des flux migratoires qui a changé aussi bien par son ampleur que par la diversité même des catégories de migrants. Les trajectoires, les motifs et les effets de ces migrations sont complexes et multiples : ils sont d’ordre économique, politique, éducationnel, climatique, familial, ethnique, religieux, personnel. Ces flux sont constitués d’hommes, de femmes et d’enfants, seuls ou accompagnés, et touchent toutes les classes sociales et d’âge dans de nombreux pays. Ils peuvent être de plus ou moins longue durée, pendulaires ou non. Longtemps terre d’émigration, l’Europe du Sud est devenue réceptrice de migrations d’origines diverses à la fin du XXe siècle, et connait à présent un renversement de certains flux migratoires. À une autre échelle, la Méditerranée, espace historique de circulations d’hommes et de marchandises, de pratiques et d’idées, lieu tout à la fois de rencontres et de tensions, se trouve au centre de nouveaux enjeux migratoires.
Interroger la question de la citoyenneté à partir des migrations comme le propose cet appel soulève un certain nombre de questionnements.
Porter le regard sociologique au-delà de l’espace national s’avère utile à la compréhension des liens d’appartenance. Etudier l’immigré en lien avec sa société d’origine, ou d’autres pays et villes, permet de mieux questionner les liens d’appartenance et leur spatialisation : appartenance binationale « ici et là-bas », multi-appartenances « ici, là, là-bas et ailleurs … », ou de non appartenance « ni d’ici ni de là-bas ». La généralisation et la démocratisation des transports et de l’usage des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC), à l’origine de mutations sociales mondialisées, engendrent notamment une transformation significative dans la façon dont les individus perçoivent leur positionnement dans le monde. Les conséquences sur le maintien du lien ou de l’engagement citoyen à distance via les TIC sont évidentes. En quoi l’usage d’internet ouvre-t-il des espaces de participations et de mobilisations transnationaux ? Ce que certains nomment le cyberactivisme. D’autres mouvements sociaux et solidarités se dessinent. La société civile s’organise en forums sociaux nationaux et mondiaux. Des associations déploient des formes d’engagement citoyen aussi bien dans le pays d’origine que dans le pays d’accueil et cherchent à concilier leur orientation transnationale avec celle d’intégration de la société d’accueil.
Interroger la citoyenneté à partir des migrations permet aussi de considérer l’étendue de l’action étatique au-delà de ses frontières géographiques, dans un contexte où les flux migratoires constituent un enjeu sécuritaire autant que démographique et économique et où les modalités d’action du contrôle des frontières se sont profondément transformées depuis la fin des années 1990. Avec l’intégration de l’espace Schengen, les pays du Sud de l’Europe sont devenus l’une des frontières de l’Europe. Quelles places les pays d’Europe du Sud occupent-ils dans cette gouvernance régionale et euro-méditerranéenne ? Peut-on parler d’une singularité sud européenne des phénomènes migratoires ?
La crise de l’État social et les effets de la crise économique et financière de 2008 dessinent en outre de nouvelles tendances. Les obligations morales et citoyennes de la diaspora envers ses nouveaux arrivants s’affaiblissent voire disparaissent sur fond de montée du racisme et de la xénophobie dans les sociétés et villes d’accueil. Ces crises, qui frappent durement les pays et villes de l’Europe du Sud, suscitent des départs (des fuites ?) vers de nouveaux horizons chez des jeunes qui - sans espoir de promotion sociale dans leur pays, certains déclassés voire exclus - peuvent nourrir de forts ressentiments envers leur société d’appartenance nationale.

Le cadre d’analyse privilégié est celui de l’Europe du Sud avec des comparaisons internationales qui seront particulièrement bienvenues sur les thèmes suivants :
• Approche transnationale de la citoyenneté
• Crise de l’État social, liens d’appartenance et réseaux diasporiques
• Migrant(e)s et monde associatif
• L’immigré, le migrant et le touriste dans la ville
• Frontière et externalisation du contrôle
• Nouvelles conditions et formes de l’exil
• TIC et engagement citoyen à distance
• Société civile et droit des migrants

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