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Séminaire international - Repenser l’Humanitarisme sexuel

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

23-24 septembre 2015, MuCEM, Marseille

PROGRAMME

JOUR 1 : 23/09/2015
Du café sera servi à partir de 9.00 au MuCEM entrée 2 Vieux Port – Fort Saint-Jean

- 9.30 – 10.00 Nicola Mai et Calogero Giametta – Mot de bienvenue et présentation des premiers résultats du projet de recherche ‘l’humanitarisme sexuel’

- 10.00 – 12.00 Panel 1 : Représenter la traite des êtres humains
- Susan Hall – Au nom de la sécurité ou de la promotion des droits de l’homme ? Étude du trafic sexuel dans On Black Sisters Street de Chika Unigwe
- Sine Plambech – Images de la souffrance : la traite, la migration et le sexe en tant qu’activité professionnelle
- Prune de Montvalon – Le soupçon, la confiance et le secret : la demande d’asile des prostituées Nigérianes en France
- Nicola Mai – Humanitarisme sexuel et queer à travers l’ethnofiction expérimentale

- 12.00 – 13.00 Conférence – Prof. Wendy Hesford

- 13.00 – 14.00 Déjeuner au MUCEM

- 14.00 – 15.00 Projection du film Becky et Q & A avec Sine Plambech

- 15.00 – 16.30 Panel 2 : Marges et Représentations en mouvement
- Karen Akoka – L’évolution de la figure du réfugié légitime en Occident : du dissident des régimes communistes aux figures contemporaines des victimes de leur genre
- Christine M. Jacobsen – Naviguer les frontières : migrants non-régularisés dans la ville de Marseille
- Fabienne Le Houérou – On the Edge : Explorer les sexualités marginalisées à travers le cinéma ethnographique
- 16.30 à 17.30 Conférence – Prof. Elizabeth Bernstein (présentation vidéo)

JOUR 2 : 24/09/2015
Du café sera servi à partir de 9h30

- 10.00 – 11.30 Panel 1 : La gestion de la migration humanitaire et du trafic
- Elena Shih – Le prix élevé de la liberté : économies morales du travail des femmes à bas salaires dans Human Trafficking Rescue
- Jacqueline Berman – Lorsque le rose et le bleu deviennent rouge : L’organisation internationale pour la migration et la création de régimes de gestion et de contrôle aux limites du trafic des êtres humains
- Elsa Tyszler – Sur le terrain Marocain : protéger « la femme migrante vulnérable » pour mieux « nettoyer » la frontière Nord ?

- 11.30 – 13.00 Panel 2 : Perspectives académiques/activistes sur la migration, la citoyenneté et l’illégalité
- Mervi Leppakorpi – Les migrants sans-papiers ‘super victimes’
Mariska Jung – Logiques de citoyenneté et violence des droits : le corps des migrants queer et le régime d’asile
- Vanessa Simoni – Représenter les victimes Nigérianes du trafic : la traduction humanitaire de la migration et de la souffrance

- 13.00 – 14.00 Déjeuner au MUCEM

- 14:00 – 15.00 Panel 3 : Focus sur l’humanitarisme médical
- Dirk Lafaut – Humanitarisme médical et sexuel
- Sandrine Musso – La problématisation des migrants et des demandeurs d’asile dans le besoin du traitement antirétroviral contre le VIH/SIDA

- 15.00 – 15.30 Pause café

- 15.30 à 17.00 Panel 4 : Genre et sexualité dans les demandes d’asile : Perspectives européennes
- Alejandra Calderon et Lia Viola – Gay après le refus : les effets performatifs de l’humanitarisme sexuel sur les demandeurs d’asile en Italie
- Sarah French Brennan – Une nation intime : Sexualité et Asile aux Pays-Bas
- Calogero Giametta – Se raconter : minorités de migrants en quête de protection en France et au Royaume-Uni par rapport à leur genre et sexualité.

Représenter l’Humanitarisme
_ Lancé en janvier 2014 par le Laboratoire Méditerranéen de Sociologie – LAMES (MMSH/ Université d’Aix-Marseille), le projet Emborders étudie les politiques et interventions humanitaires s’adressant aux victimes de la traite des humains et aux demandeurs d’asile appartenant à une minorité sexuelle au Royaume-Uni et en France. Le projet examine les dispositifs en jeu dans « l’humanitarisme sexuel », concept par lequel Nicola Mai entend comprendre et représenter la gouvernance humanitaire des migrants envisagés et présentés comme vulnérables du fait de leurs orientations et pratiques sexuelles.
Les interventions de protection humanitaire des minorités sexuelles répondent en effet à des impératifs contradictoires en matière de migration et de défense des droits de l’homme. Tandis que le Nord globalisé tente de repousser les travailleurs migrants toujours plus nombreux par des politiques de plus en plus restrictives, l’éventail des droits humains qu’il garantit s’enrichit de notions ethnocentriques de genre et de sexualité. Dans ce contexte, l’asile et la protection humanitaire se trouvent investis de nouvelles fonctions de contrôle des frontières. La reconnaissance institutionnelle des souffrances liées aux questions de genre et d’identité et/ou des pratiques sexuelles devient donc un critère d’accès essentiel à la protection humanitaire ainsi qu’au statut d’immigrant légal et à l’emploi. L’attestation, par les institutions en charge des migrations, de la crédibilité de la souffrance des migrants fait office pour le Nord globalisé de « frontière biographique humanitaire » (Mai 2013) entre accès aux droits et expulsion.
Dans leur traversée de ces frontières humanitaires, les migrants doivent apprendre à se (re)présenter eux-mêmes selon les récits humanitaires pour se voir plus sûrement reconnus comme d’authentiques ayants-droit. L’humanitarisme sexuel est ainsi enchâssé dans le langage, la rhétorique et l’esthétique de l’épistémologie néolibérale et de son « partage du sensible », à savoir la manière dont les matérialités, les subjectivités et les relations peuvent être rendues visibles et intelligibles socialement (Rancière 2000). Le partage néolibéral du sensible impose en effet une représentation naturalisée du monde qui pose le privilège comme « normalité ». L’hétérogénéité et l’inégalité grandissante deviennent constitutives de la construction culturelle d’une communauté humaine unifiée dont la figure/stéréotype de la victime « absolue » est l’exception dont il faut bien s’occuper. Cette représentation binaire du monde masque la domination socio-économique et symbolique de pays, d’ethnies et de classes privilégiées sur d’autres, défavorisées. Elle naturalise et opérationnalise la gouvernance humanitaire des groupes de migrants de sexualité et de genre marqués comme indésirables via les représentations politiques, scientifiques, journalistiques, documentaires et fictionnelles de la réalité qui caractérisent l’ère et l’épistémologie néolibérales.
De plus en plus, les campagnes de lutte contre la traite des humains et les trafics empruntent aux logiques du marketing et aux techniques de placement de produits de grandes entreprises. Les représentations fictionnelles de cette traite deviennent des faits avérés lors des débats publics ou font office de preuves devant les cours de justice. Les célébrités s’affichent en porte-drapeaux de grandes causes humanitaires. Et finalement, les organisations humanitaires elles-mêmes se trouvent impliquées dans les interventions aux frontières et les opérations d’expulsion qui rendent les populations migrantes plus vulnérables encore aux trafics et aux exploitations. Ainsi, à la croisée de ces dynamiques hétérogènes, l’humanitaire émerge en tant que structure politique, esthétique et épistémologique hégémonique de l’ère néolibérale. D’où le besoin urgent de comprendre le rôle spécifique que jouent ces représentations dans le déploiement et la naturalisation de nouvelles formes de gouvernance humanitaire.
Ce séminaire tentera de donner à voir et à comprendre les multiples dimensions esthétiques, politiques et scientifiques des représentations que la gouvernance humanitaire des migrations implique. Les représentations alternatives et les contre-représentations figureront bien sûr parmi les sujets examinés.
Le choix de l’ethnofiction comme outil de travail stratégique pour Emborders répond à un souci d’examiner et de représenter la manière dont l’affect, la représentation et la performativité participent à la compréhension qu’ont les migrants de l’agency et de l’exploitation qui marquent leur propre expérience des interventions humanitaires. Les participants à ce séminaire seront invités à explorer les dimensions esthétiques, politiques et épistémologiques de la représentation qu’induit le déploiement de nouvelles formes de gouvernance humanitaire, dans le domaine sexuel comme dans d’autres.
À la lumière des développements théoriques, des préoccupations de méthodologie et des résultats de recherche qui ont caractérisé notre travail sur le rôle de la sexualité et du genre dans le contrôle humanitaire des migrations, nous explorerons les pistes de recherche qu’offrent les questions suivantes :
• Quels enjeux déploient un tel contexte où le contrôle des migrations fait de la sexualité/du genre des variables d’obtention de droits ?
• Quelles spécificités présentent les paniques morales liées à la sexualité et au genre lorsqu’elles prennent pour cible les populations migrantes ?
• Comment les impératifs néolibéraux contradictoires de garantie des libertés et de sécurisation peuvent-ils coexister au sein des mécanismes de filtration des populations aux frontières ?
• Quels modes de représentation artistique, politique, documentaire et fictionnelle naturalisent et opérationnalisent l’humanitarisme sexuel ?
• De uelles représentations alternatives disposons nous pour questionner ce modèle de répartition du sensible ?

À ce séminaire participeront artistes, réalisateurs, journalistes et chercheurs de diverses disciplines (anthropologie, sociologie, philosophie, sciences politiques) spécialistes des questions des migrations, de la sexualité et du genre. Dans un souci de transdisciplinarité, nous invitons également les chercheurs d’autres disciplines à participer à ce séminaire.

Nous aborderons les questions liées à la formation récente de l’humanitarisme sexuel en tant que logique de protection et de contrôle des migrants présents dans le Nord néolibéral globalisé. Les participants au séminaire devront établir les liens entre l’objet de leurs recherches et l’humanitarisme sexuel.

- Votre proposition d’intervention (300 mots max.) ainsi qu’une brève notice biographique (150 mots max.) sont à adresser à
- Calogero Giametta
- et Nicola Mai

Afin de laisser la plus grande place aux discussions lors du séminaire, il sera demandé aux participants sélectionnés d’envoyer un court article de présentation de leur intervention (2 500 mots max.) qui sera diffusé en amont du séminaire.
Les articles présentés lors du séminaire seront publiés dans un numéro spécial d’une revue scientifique spécialisée anglophone.

Les interventions se feront en français et en anglais.