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Conférences Ridha Ben Amor (université deTunis)

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

- 4 mars 2016, 14-16h30, salle 2 (MMSH), Ridha Ben Amor Le rapport au quartier entre résistance au stigmate et construction sociale du champ résidentiel à Tunis


S’inspirant d’une enquête récente sur deux quartiers populaires de Tunis (voir Lamloum et al., 2015), cette conférence se propose d’abord de mettre en avant la stigmatisation qui les affecte et les formes de résistance qui y sont développées par les jeunes. Ce quartier fait ainsi l’objet d’un stéréotype l’assimilant à un espace de désorganisation sociale et de relégation. L’imaginaire social semble refléter avec force cette représentation, à laquelle s’ajoute un rapport aux institutions – tel qu’il est perçu par ces jeunes – qui renvoie à la fois à un sentiment d’abandon par les acteurs publics et à des tensions récurrentes.
Face à ce contexte, les jeunes développent une résistance qui contribue à transformer le quartier en espace synonyme de capital symbolique et social. Non seulement il constitue une ressource symbolique dans le sens où les jeunes opèrent un retournement du stigmate par le report du discrédit sur les autres quartiers, mais il est également considéré comme une ressource sociale par le jeu de relations de sociabilité intenses qui soulignent l’attachement de ces jeunes à leur territoire.
Le second éclairage de ce vécu qui s’offre à nous concerne une autre forme de résistance « genrée », dans la mesure où la « rue » est régie par un ordre masculin dont les contours se sont renforcés après le soulèvement de 2011. De fait, défiant le discours dominant et le contrôle social qui l’accompagne, les filles adoptent des attitudes assez souvent empreintes de rejet de cet ordre ; elles développent alors des stratégies qui s’efforcent de contrer la domination masculine, variant entre contournement et négociation, tout en se soumettant parfois à ses impératifs.
Cependant, les garçons sont à leur tour confrontés à des enjeux de lutte pour le contrôle de ce territoire qu’ils tentent de s’approprier dans un rapport tendu aux acteurs publics, en particulier aux forces de l’ordre. Tout en négociant ce dernier, ils résistent à leur emprise sur la rue ; celle-ci constituant un espace de repli pour les garçons. Après 2011, l’arrivée sur scène de nouveaux acteurs va à son tour rendre cet enjeu plus complexe.

- 25 mars 2016, 14-16h30, salle PAF (MMSH) Les jeunes et les représentations du travail : entre construction de soi et sentiment d’injustice


S’appuyant sur des matériaux tirés de diverses enquêtes réalisées au cours des dernières années, cette intervention se propose d’abord de se pencher sur la construction de l’identité de l’individu relativement au thème de la représentation du travail, ce qui va permettre d’asseoir l’idée de la centralité du travail à ce niveau. Ce dernier point renvoie d’ailleurs à d’autres auteurs, dont R. Castel, qui ont traité de la centralité du travail comme cadre intégrateur, ce qui se donne à voir a contrario également dans les représentations du chômage qui informent le discours des jeunes.
S’articulant souvent autour de la question de la reconnaissance qui y est récurrente, leurs discours révèlent ainsi le poids social de cette dimension. Des ’’figures de la reconnaissance’’ dans et par le travail se dégagent alors des enquêtes, allant du déni et de l’absence de reconnaissance par le travail et la recherche d’un statut de substitution, à l’aspiration à une reconnaissance qui demeure souvent virtuelle, aboutissant enfin, dans cette espèce de continuum, à une lutte pour la reconnaissance couronnée de quelque succès.
Mais au-delà de cette quête de reconnaissance et de construction de soi passant par le travail, on pointera, à la faveur de cet exposé, une dimension jusque là peu prise en compte par les travaux ; à savoir l’individualisation.
Toutefois, si la reconnaissance fonctionne souvent selon un registre autonome qui participe de la construction de l’identité, elle est également susceptible de relever de la problématique de l’injustice. Dans ce cas, on souffre de ne pas être reconnu ; c’est une injustice car on pense que cela peut renvoyer à des facteurs tels que la répartition inégale du capital social, des politiques publiques qui peuvent générer des inégalités vécues comme injustes, etc.
Élargissant la perspective d’analyse, on appréhendera alors le sentiment d’injustice qui s’incarne, selon une typologie provisoire, à travers le principe de la revendication d’une égalité de droits ou de traitement, le principe de l’équité qui se décline ici en termes de rétribution des efforts et de participation au bien commun selon les mérites et les capacités propres à chacun ; enfin le principe du respect de la tradition justifiant le recours à des registres d’évaluation relevant parfois de survivances d’un ordre social ancien qu’il reprend à son compte.