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Programme ERC -TARICA - PoliTical And socioinstitutional change in NoRth AfrICA : competition of models and diversity of trajectories

par Sylvie Chiousse - publié le

https://erc.europa.eu/sites/default/files/press_release/files/Examples_ERC_adg_projects_2015.pdf

PoliTical And socioinstitutional change in NoRth AfrICA : competition of models and diversity of national trajectories

TARICA طريقـــة

_Coordonné par Alia GANA, directrice de recherche au CNRS, ce nouveau programme de recherche, hébergé à L’IRMC, propose d’étudier les changements politiques et socio-institutionnels en Afrique du Nord, sous l’angle de la concurrence des modèles et de leur appropriation par les acteurs, afin de comprendre les processus qui déterminent la diversité des trajectoires nationales après les « printemps arabes ».
- Argumentaire, objectifs et axes de recherche
Cinq ans après la première révolution (Janvier 2011 Tunisie), le paysage géopolitique de l’Afrique du Nord (du Maroc à l’Egypte), tel qu’il se présente aujourd’hui, montre des configurations très différentes. La vague de protestations et de révoltes qui a secoué la région a produit des effets qui sont spécifiques à chaque Etat et a généré des choix différenciés : un changement politique "négocié" (Maroc), à un dialogue national et des processus électoraux réussis (Tunisie), une stratégie d’endiguement et d’achat de la paix sociale en Algérie, un retour brutal au pouvoir de l’autorité militaire (Egypte) et une guerre civile (Libye). Ces différentes évolutions renvoient à la mobilisation et à la confrontation d’acteurs politiques et sociaux, dont les héritages historiques, les ressources, les logiques d’action et les intérêts sont très différents.
Dans ce contexte le projet TARICA a pour objectif d’analyser les transformations à l’œuvre dans cinq pays d’Afrique du Nord sous l’angle de la confrontation de divers modèles politiques, sociétaux et économiques, ainsi que comme produit de l’appropriation et de la réinterprétation qu’en font les divers acteurs. Il s’agit de saisir la manière dont différents acteurs publics, privés et associatifs se positionnent dans les espaces ouverts par l’effondrement ou la remise en cause des systèmes politiques autoritaires et d’analyser leurs stratégies en lien avec les modèles de référence et les registres normatifs qui inspirent leurs actions. Il s’agit notamment de cerner les facteurs et les processus qui rendent possible (ou qui empêchent), en fonction des contextes et des configurations nationales, la mise en place d’institutions ou de dispositifs mieux à même de gérer la diversité sociale, le pluralisme et les conflits d’intérêts qui opposent les divers groupes et d’éviter les phénomènes de restauration autoritaire, comme en Egypte, ou la guerre civile et l’explosion du territoire, comme en Libye.
A travers une approche centrée sur les acteurs, nous cherchons à mettre en évidence les processus complexes qui contribuent à la diversité des trajectoires suivies par les cinq pays d’Afrique du Nord directement ou indirectement touchés par les « révoltes arabes », à savoir la Tunisie, l’Egypte, le Maroc, l’Algérie et Libye, chacun de ces pays représentant un cas d’étude, voire un « modèle ».
Nous proposons d’étudier ces processus à travers trois entrées thématiques complémentaires :
(i) la reconfiguration de l’espace politique et l’évolution des formes de régulation politique.
Il s’agit d’analyser le processus de restructuration de l’espace politique après les révoltes arabes, tel qu’il s’exprime dans l’émergence, la réactivation ou l’exacerbation des différents types de conflits (conflits idéologiques , conflits entre les élites politiques, conflits sociaux , les conflits d’ intérêts , conflits de mémoires , etc.), ainsi que dans l’évolution des formes de régulation politique (recherche de compromis, arrangements institutionnels, institutionnalisation du pluralisme ou usage de la violence).
(ii) le traitement des passés et les modèles de justice transitionnelle,
Il s’agit de comprendre comment les acteurs politiques et sociaux se situent par rapport à un modèle de justice transitionnelle considéré comme un instrument par excellence de remémoration de la répression permettant d’éviter la répétition des abus de « l’ancien régime » et de réparer les erreurs du passé. Il s’agit d’évaluer dans quelle mesure les promoteurs de la justice transitionnelle, en particulier les commissions « vérité » inspirées du modèle sud-africain, remplissent leur fonction de réconcilier victimes et bourreaux et contribuent à la construction d’une mémoire nationale partagée par tous.
(iii) les modèles de développement et de justice sociale. Je laisserai le soin à mes collègues de développer ces différents axes.
Les « printemps arabes » ont mis en lumière l’ampleur des fractures sociales et territoriales qui caractérisent les pays de la région. Dans ce contexte, nous proposons d’explorer les liens entre les modèles de développement, la gouvernance et la justice sociale, tels qu’ils s’expriment dans les discours et les pratiques des différents acteurs. Cette question sera examinée à travers les sous-thèmes suivants : ( a) le sentiment d’injustice et la relation à l’Etat ; ( b) les mobilisations de la jeunesse et des populations marginalisées pour l’accès à l’emploi et aux ressources ; (c) les modalités d’inscription des demandes de justice sociale et territoriale dans le débat politique et dans les politiques publiques (décentralisation , développement local, politique de l’emploi ) ; (d) les initiatives et les projets de la société civile inspirés par les modèles de la démocratie locale et le développement territorial
- Approche analytique et méthodologique
L’originalité du projet réside dans le cadre d’analyse et l’approche méthodologique adoptée pour cerner les processus complexes qui façonnent la diversité des trajectoires nationales en Afrique du Nord, à savoir (1) l’intégration des dimensions politiques, sociales, institutionnelles et celles liées au développement, (2) la combinaison de plusieurs niveaux d’analyse micro, méso et macro, (3) l’articulation de deux types de temporalités (celle liée à la dynamique actuelle du changement et celle liée à la circulation des modèles enchâssés dans une histoire plus longue), (4) la comparaison de différentes configurations politiques et sociales nationales, afin d’identifier les paramètres les plus intéressants qui déterminent les convergences ou les divergences dans les trajectoires des pays.
Ainsi, le projet mobilise une approche interdisciplinaire associant une variété de compétences et d’outils méthodologiques. L’équipe de « core-researchers » est composée de spécialistes en anthropologie, science politique, sociologie du développement, sociologie du droit, géographie économique en histoire contemporaine. L’originalité de la méthodologie de recherche réside aussi dans la combinaison d’outils et d’analyses qualitatives et quantitatives.
Des enquêtes de terrain et des manifestations scientifiques seront organisées dans les cinq pays d’étude : Egypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc.

- Equipe
Ce projet de recherche interdisciplinaire associera près d’une trentaine de chercheurs durant quatre ans. L’équipe centrale du projet est composée de dix chercheurs : Alia Gana (IRMC), Eric Gobe (IRMC), Sarah Ben Nefissa (IRD Le Caire), Karima Dirèche (IRMC), Jérôme Heurtaux (IRMC), Gilles Van Hamme (ULB), Imed Melliti (IRMC), Enrique Klaus (IRMC), Sylvie Mazzella (LAMES), Rachid Benzine (IEP Aix-en-Provence). Le projet mobilisera l’expertise d’une quinzaine de chercheurs travaillant dans les pays partenaires et permettra le recrutement de 4 étudiants doctorants et de 6 chercheurs post-doctorants.

- Core-researchers :

Alia GANA (CNRS/IRMC), Eric GOBE (IRMC), Sarah BEN NEFISSA (IRD Le Caire), Karima DIRECHE (IRMC), Jérôme HEURTAUX (IRMC), Gilles VAN HAMME (ULB), Imed MELLITI (IRMC), Enrique KLAUS (IRMC), Sylvie MAZZELLA (LAMES), Rachid BENZINE (IEP Aix-en-Provence).

- Budget : 1.99 million d’euros sur 48 mois.