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Nicole Ramognino (professeur émérite), « Des réflexions sur quelques controverses à propos de l’analyse qualitative en sociologie »

publié le , mis à jour le

- L’analyse qualitative en sociologie a généré et continue de générer des débats épistémologiques sur son objectivité, au regard de la fiabilité de ses données et de leur représentativité, à celui du rôle de l’observateur dans son observation ou à la compréhension-interprétation qu’il est amené à réaliser ; la montée en généralité, l’objectivité et la neutralité ont donné lieu à des réponses qui arguent du niveau de finesse ou de la « construction sociale de la réalité ». Notre propos s’écarte délibérément de ce débat qui reste indécidable. Nous focalisons plutôt sur les ontologies du social : celle qui est posée de facto par les acteurs sociaux à partir d’une sémantique sociale de l’action qui, pour être commune, n’en est pas moins locale et celle virtuelle d’un objet sociologique dont la nature est d’être relationnelle selon au moins trois dimensions : la relation entre des acteurs sociaux et les processus socio-historiques et socio-culturels que les acteurs sociaux projettent et articulent dans toute situation observable ; la relation entre la situation, la perception qu’en ont les acteurs et les horizons pluriels d’attente qu’ils peuvent y investir ; et la relation entre la situation, ses acteurs et la position interprétative du chercheur qui reste nécessairement lors de son observation un acteur comme un autre, avec sa propre histoire, les processus qu’il projette dans la situation d’observation et sa spécificité analytique, relation qui se matérialise à travers son journal de terrain ou sa compréhension première des archives-documents ou des entretiens qu’il mène auprès des acteurs sociaux. Ainsi les ontologies du social ouvrent à la nécessité d’une théorie méthodologique de l’observation du fait que ces constructions du chercheur sont tributaires de la sémantique commune de la pratique et de l’action, qu’il partage en grande partie avec acteurs sociaux. L’approche relationnelle appelle donc que ces observations relèvent d’une sociologie des formes de connaissance avec lesquelles les acteurs comme le chercheur lui-même actualisent et « réalisent » les phénomènes sociaux.
(article en ligne)